Je me laisse glisser au sol. Adossée à la porte d'entrée de mon appartement, je pense à mes clés dont la présence me serait bien utile, bêtement oubliées sur mon bureau. Il ne me reste plus qu’à attendre le retour de ma mère, seule personne capable de m’ouvrir.
J’envie énormément ces adolescents à la vie si parfaite dont la famille est composée de deux parents s’aimant d’un amour fou, et de frères ou soeurs à qui demander conseil, partager les activités les plus fantastique ou encore à qui faire faire ses devoirs lorsque la paresse les prend. Je n’ai pas eu cette chance là. Je n’ai pas de famille à qui me confier, personne à qui m’accrocher. Aucun frère ni soeur. Juste un père lâche qui a abandonné celle qu'il aimait avant ma naissance, et une mère qui, bien qu’elle a dû sortir de sa dépression provoquée par le départ de M.Redsco, pour pouvoir m’élever, continue de temps à autre, dans des moments de faiblesse, à noyer son chagrin dans l’alcool. Ça n'empêche pas que nous soyons très proches, mais le fait qu’elle essaie de me cacher cette facette là d’elle-même me blesse.
Mais ce n’est pas mon genre de me lamenter sur mon sort. Alors je me tais et me contente de penser silencieusement, en laissant aux autres le soin de raconter leur vie.
Jérémy à tout de même réussi à me faire parler de moi, ce que peu de personnes sont parvenues à faire. Je ne le connais pourtant que depuis aujourd’hui. Durant quelques instants, je songe qu’on pourrait devenir de très bon amis, il pourrait tenir le rôle de confident, de foyer dans ma vie. Le rôle qu’une famille est sensée tenir. Je sens mes mains trembler et mes larmes monter à la pensée de la famille si parfaite, mais qui ne sera jamais mienne, que je m’imagine. Non. On ne se reverra certainement jamais. Il a d'ailleurs déjà dû m’oublier.
Sa soeur aussi est une personne ravissante. Elle est étrange mais, comme l’avait prédit son frère, nous nous somme entendues à la perfection, et j’espère bien nouer, là-dessus, une amitié sincère avec cette fille.
Je me rappelle soudain nos numéros échangés avant que la sonnerie ne nous oblige à rejoindre nos cours respectifs. Je cherche dans mon répertoire pour enfin m’arrêter, alors que “Eva Dakota” s’affiche sur le petit écran de mon portable, suivi par le numéro qu’elle m’a fourni. Je clique sur la petite icône menant à ma boite de réception . Je tape rapidement sur mon clavier tactile un banal “Salut, ça va?” avant de l’envoyer et de replacer mon portable dans ma poche.
C’est à ce moment là que mon voisin se décide à monter les hautes marches de notre immeuble sans ascenseur. Me voyant à même le sol, il fait une pause dans son ascension, sur mon palier. Il me détaille d’abord d’un air compatissant avant de se décider à parler.
- Tu vas bien ? Me demande-t-il alors que nous ne nous sommes pas croisés depuis bien longtemps. Tu as entendu parler de l’homme retrouvé mort aujourd’hui ?
Je secoue la tête (à la négative). J’ai passé ma journée au lycée et aucune information de cette ampleur n’est parvenue jusqu’à moi.
- Dans cette ville, continue-t-il ses explications. Les médias ne donne pas beaucoup d’informations pour le moment, et on ne sait pas s’il s’agit d’un suicide ou d’un meurtre, fais attention à toi, je ne souhaite pas que ce soit la deuxième option, mais il faut être vigilant.
Ayant fini ses avertissements, il continue sa montée, ne pouvant pas faire grand chose de plus pour moi.
Mon téléphone émet une brève sonnerie, signe qu’Eva m’a répondu. Je ressors mon portable. C’est bien elle, en effet. elle n’a pas pris le temps de me répondre si elle allait bien. Elle ne me l’a pas non plus demandé en retour. Son message n’est composé que d’une phrase simple, mais qui se grave dans mon esprit : “M.Redsco a bel et bien disparu”.




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