Pour l'écrit d'invention, j'ai choisi d'évoquer La La Land, un film qui m'a beaucoup marquée. Bonne lecture ;)
C’est
en 2017 que je fis l’acquisition d’un
piano droit dont le bois clair semblait avoir traversé les âges. Ses touches d’ivoire
étaient pour la plupart très usées et je ne pouvais m’empêcher, en l’admirant,
de penser aux milliers de doigts qui les avaient frappées avant moi et aux
heures de musique qui avaient résonné dans ses entrailles creuses. Ce bel
instrument, c’était une idée qui m’avait pourchassé après avoir vu un film au
nom musical, quelques semaines plus tôt.
Je
me souviens nettement de cette soirée d’hiver : les nuages s’entassaient
moroses dans le ciel de Paris, les cheminées crachaient une fumée sale qui
faisait suffoquer les rares oiseaux. On m’avait recommandé ce film de
nombreuses fois : il procurait, disait-on, une réjouissance telle que l’atmosphère
lugubre de la ville paralysée par le froid disparaissait au profit d’un univers
coloré qui, apparemment, restait vivace pendant au moins une semaine. Etant d’un
naturel sceptique, je m’étais gardé de croire ces louanges : combien de
fois, imaginant m’installer devant un chef-d’œuvre, n’avais-je été fortement déçu
par le jeu des acteurs, la narration maladroite ou la fadeur de l’accompagnement
musical ? Cette précaution s’avéra cependant superflue : pas une
seule fois je ne baillai, pas une seule fois mon attention ne se relâcha. J’étais
conquis.
Tout cela commençait de la plus plaisante des
manières. Des voitures défilaient sur une autoroute bondée ; des klaxons
se répondaient comme les chanteurs d’un chœur urbain. Puis la scène explosa :
au chœur des klaxons se substitua un chœur d’hommes et de femmes, le goudron se
transformant en une piste de danse où s’enchaînaient pas et figures. Je me
souviens qu’à travers le brouillard de
ma conscience quelques rires me parvinrent lorsque les dernières notes de la
chanson résonnèrent. Pour ma part, j’étais déjà corps et âme dans la ville du
cinéma, à Hollywood. Que dire de la suite ? Aucun mot ne saurait décrire
avec justesse l’impression que me laissa cet univers haut en couleurs. Le gris
du ciel n’était plus qu’une longue nuit violette et mauve dans laquelle flottaient
quelques notes de piano et une chanson aux accents mélancoliques. Ma volonté s’était
envolée et une foule d’émotions me traversait : je passais du rire aux
larmes, je n’étais plus que joie, tristesse ou solitude. Les personnages qui
vivaient sur l’écran trouvaient un écho particulier en mon sein. C’était comme
si je retrouvais enfin des amis chers qui me manquaient depuis longtemps.
Je ne saurais, à vrai dire, déterminer si l’histoire
me plut vraiment. Je crois qu’elle avait quelque chose de simple qui m’aurait
sûrement fortement agacé si le film m’avait laissé la moindre once d’intelligence
et d’esprit critique. Mais une étrange alchimie s’était opérée en moi et, alors
que je quittai la salle, il m’apparut que tous mes ennuis quotidiens n’étaient
en réalité que des tracas futiles, car la vie avait fait entrer ce film dans
mon existence. Les jours qui suivirent se déroulèrent avec une fluidité
surprenante : j’avais des violons dans le cœur. Je me faisais sans arrêt
la réflexion que la musique entêtante paraissait élever mon esprit au plus haut
point et que je trouvais quelque chose d’harmonieux dans le regard des
passants, le souffle du métro, le crépitement de la pluies sur les parapluies
ou les éclats de voix qui émaillaient le silence de mon appartement.
Bientôt, j’achetai un piano et les notes pures que me
dictait l’inspiration semblèrent se mêler à la symphonie du monde, s’envolant
au-dessus des toits de la ville des étoiles.




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