vendredi 16 juin 2017

Ecrit d'invention du bac de Plume Azerty

A mon tour! J'étais vraiment contente de tomber sur le roman, pile le thème que je voulais!
Pour l'écrit d'invention, j'ai choisi d'évoquer La La Land, un film qui m'a beaucoup marquée. Bonne lecture ;)


C’est en 2017  que je fis l’acquisition d’un piano droit dont le bois clair semblait avoir traversé les âges. Ses touches d’ivoire étaient pour la plupart très usées et je ne pouvais m’empêcher, en l’admirant, de penser aux milliers de doigts qui les avaient frappées avant moi et aux heures de musique qui avaient résonné dans ses entrailles creuses. Ce bel instrument, c’était une idée qui m’avait pourchassé après avoir vu un film au nom musical, quelques semaines plus tôt.

Je me souviens nettement de cette soirée d’hiver : les nuages s’entassaient moroses dans le ciel de Paris, les cheminées crachaient une fumée sale qui faisait suffoquer les rares oiseaux. On m’avait recommandé ce film de nombreuses fois : il procurait, disait-on, une réjouissance telle que l’atmosphère lugubre de la ville paralysée par le froid disparaissait au profit d’un univers coloré qui, apparemment, restait vivace pendant au moins une semaine. Etant d’un naturel sceptique, je m’étais gardé de croire ces louanges : combien de fois, imaginant m’installer devant un chef-d’œuvre, n’avais-je été fortement déçu par le jeu des acteurs, la narration maladroite ou la fadeur de l’accompagnement musical ? Cette précaution s’avéra cependant superflue : pas une seule fois je ne baillai, pas une seule fois mon attention ne se relâcha. J’étais conquis.  

               Tout cela commençait de la plus plaisante des manières. Des voitures défilaient sur une autoroute bondée ; des klaxons se répondaient comme les chanteurs d’un chœur urbain. Puis la scène explosa : au chœur des klaxons se substitua un chœur d’hommes et de femmes, le goudron se transformant en une piste de danse où s’enchaînaient pas et figures. Je me souviens qu’à travers  le brouillard de ma conscience quelques rires me parvinrent lorsque les dernières notes de la chanson résonnèrent. Pour ma part, j’étais déjà corps et âme dans la ville du cinéma, à Hollywood. Que dire de la suite ? Aucun mot ne saurait décrire avec justesse l’impression que me laissa cet univers haut en couleurs. Le gris du ciel n’était plus qu’une longue nuit violette et mauve dans laquelle flottaient quelques notes de piano et une chanson aux accents mélancoliques. Ma volonté s’était envolée et une foule d’émotions me traversait : je passais du rire aux larmes, je n’étais plus que joie, tristesse ou solitude. Les personnages qui vivaient sur l’écran trouvaient un écho particulier en mon sein. C’était comme si je retrouvais enfin des amis chers qui me manquaient depuis longtemps.

               Je ne saurais, à vrai dire, déterminer si l’histoire me plut vraiment. Je crois qu’elle avait quelque chose de simple qui m’aurait sûrement fortement agacé si le film m’avait laissé la moindre once d’intelligence et d’esprit critique. Mais une étrange alchimie s’était opérée en moi et, alors que je quittai la salle, il m’apparut que tous mes ennuis quotidiens n’étaient en réalité que des tracas futiles, car la vie avait fait entrer ce film dans mon existence. Les jours qui suivirent se déroulèrent avec une fluidité surprenante : j’avais des violons dans le cœur. Je me faisais sans arrêt la réflexion que la musique entêtante paraissait élever mon esprit au plus haut point et que je trouvais quelque chose d’harmonieux dans le regard des passants, le souffle du métro, le crépitement de la pluies sur les parapluies ou les éclats de voix qui émaillaient le silence de mon appartement.


               Bientôt, j’achetai un piano et les notes pures que me dictait l’inspiration semblèrent se mêler à la symphonie du monde, s’envolant au-dessus des toits de la ville des étoiles.

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